Aston Martin Bulldog
Un molosse pour les boloss
#1
Qui ici avait entendu parler de l'Aston Martin Bulldog avant ce sujet ? Pas moi en tout cas... l'article d'Evo m'a donné envie d'en savoir plus sur ce modèle méconnu, si bien que j'ai découvert un tas d'anecdotes à son propos.

Il s'agit rien de moins que la première supercar de la marque, dévoilée sous forme d'un concept-car en 1979 et dont 25 exemplaires devaient être produits, en réponse à la concurrence italienne, en particulier la Countach de Lamborghini (pointant à 290 km/h, faisant d'elle l'auto de série la plus rapide de l'époque).

L'objectif était de produire l'auto homologuée pour la route la plus rapide du monde. Vous allez le voir, l'auto a été conçue en partant d'une feuille blanche, et embarque de nombreuses solutions techniques inédites à l'époque. A commencer par son essuie-glace unique comprenant 6 articulations et couvrant le pare-brise selon un angle incroyable pour l'époque de 145 degrés, qui a été développé spécifiquement pour le modèle.

[Image: AMQ_G5A2114.jpg]

L'auto tire son nom d'un petit avion léger, très apprécié d'Alan Curtis qui le pilotait régulièrement, le président d'Aston Martin de l'époque. Détail amusant, à l'usine son nom de code était K-9, du nom du chien robot dans la série Dr. Who. Elle présente un style dans le plus pur esprit (jeu de mots) "wedge" de la fin des années 70, durant lesquelles une auto performante devait obligatoirement présenter des lignes tendues. De fait, la Bulldog ne présente absolument aucune courbe, hormis les arches de roues.

[Image: AMQ_G5A2128.jpg]

L'auto fait appel à un châssis tubulaire, habillé de panneaux de carrosserie en aluminium façonnés à la main, et d'un plancher mécanosoudé en acier. Anecdote amusante rapportée par Steve Hallam, ingénieur développement ayant supervisé les essais de la Bulldog : lors de la première séance d'essais sur route, alors que l'auto était encore en développement et qu'il s'était fixé une vitesse limite à 110 km/h, il n'a pas pu résister à la tentation d'appuyer sur l'accélérateur... pour finalement atteindre 210 km/h, provoquant l'envol d'un panneau de carrosserie à l'avant de l'auto. De retour à l'atelier, l'ensemble des fixations des panneaux de carrosserie ont été revues...

Fournies par Compomotive (le fournisseur, entre autres, des légendaires jantes de la Delta), les jantes sont pleines pour améliorer l'aérodynamisme, et comportent des ailettes internes contribuant à générer un flux d'air à même de refroidir les freins. Une première sur une voiture de route, qui sera plus tard reprise par l'illustre Porsche 956. A l'arrière, elles accueillaient des pneus Pirelli de 345 de large ! Après les premiers essais avec des pneus "de série", le manufacturier a d'ailleurs dû développer un modèle spécial parfaitement équilibré pour la Bulldog, intégrant les contraintes induites par la puissance phénoménale. Pour s'assurer que les pneus étaient parfaitement fabriqués, Pirelli allait même jusqu'à les radiographier avant la sortie d'usine !

Le freinage est confié à des disques ventilés et rainurés, pincés par des étriers à 4 pistons.

Les portes papillon disposent d'une commande électro-hydraulique actionnée par des poignées affleurantes :

[Image: AMQ_G5A2128doors.jpg]

A noter, pour faciliter l'accès à cet habitacle exigu, à l'ouverture les portes embarquent avec elles une partie du plancher de l'auto. Une fois ouvertes, elles viennent carrément doubler la hauteur totale de l'auto, culminant alors à 2 mètres ! Malheureusement, le toit était quant à lui fixe, si bien qu'accéder aux sièges relevait d'une épreuve de contorsionisme (et pas que pour les juifs). Autre détail à propos des portes, elles bénéficiaient d'une commande manuelle en cas de panne du système électro-hydraulique. La cinématique d'ouverture a été imaginée pour permettre aux occupants de pouvoir s'extraire du véhicule, même si celui-ci se retrouvait sur le toit. En effet, les vitres latérales étaient fixes...

Alors vous allez me dire, la Bulldog a de faux airs de DeLorean... eh bien vous ne croyez pas si bien dire, puisque si son concepteur est aussi le père de la Lagonda, William Towns, son géniteur technique n'est autre que Mike Loasby, alors directeur de l'ingénierie chez Aston Martin. C'est lui qui, dès 1977, imagine l'auto commandée par son patron... avant de partir chez DeLorean courant 1978, comme directeur de l'ingénierie, où sa mission consistera d'ailleurs à industrialiser le processus de fabrication chez DMC, jusqu'alors piloté par Lotus et jugé pour le moins... artisanal.

[Image: AMQ_G5A2149.jpg]

A l'avant, la rampe de phares escamotable est caractéristique du modèle. Elle comprend 2 feux de croisement et 3 feux de route. Le panneau de carrosserie s'escamote à l'aide d'un moteur électrique, à l'activation des feux.

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Les (nombreuses) commandes du système audio stéréo à lecteur K7 fourni par Panasonic sont positionnées au plafond.

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La présence de casques à bord laisse supposer un niveau sonore, disons, perfectible, assez logique du fait que l'auto embarque très peu d'isolants phoniques. Un système d'amplification audio est donc embarqué, pour faciliter les échanges entre pilote et copilote. Les commandes de l'intercom Eagle sont logées entre les sièges, sur la partie haute de la console centrale arrière.

La boîte de vitesses est une ZF manuelle à 5 rapports (celle équipant la De Tomaso Pantera de l'époque). Le projet prévoyait une unité Chrysler à 3 rapports automatiques en option, qui n'a de fait jamais été montée.

[Image: AMQ_G5A2197.jpg]

Pour compenser la visibilité arrière médiocre la rétrovision est confiée à une caméra. Les rétroviseurs extérieurs sont quant à eux escamotables. La caméra de recul de ma C4 Picasso est donc née il y a 40 ans, sur une Aston Martin !

[Image: AMQ_G5A2225.jpg]

Comble de la modernité au début des années 1980, l'auto embarquait des voyants à LED et même... un tableau de bord à cristaux liquides, rétroéclairé par fibre optique (une première sur une auto de route). Mais les commandes de climatisation restaient quant à elle très... analogiques :

[Image: AMQ_G5A2229.jpg]

[Image: AMQ_G5A2220.jpg]

Comme le système stéréo Panasonic, le placage or du levier de vitesses et de sa grille a été ajouté a posteriori par le propriétaire américain :

[Image: AMQ_G5A2211.jpg]

Bien qu'assemblé en Grande Bretagne, l'unique exemplaire de cette auto embarque un volant à gauche, pour une raison simple : très tôt dans la gestation du modèle, et avant même qu'Aston Martin envisage d'en produire plusieurs exemplaires, le sultan d'Oman avait déposé une option d'achat ferme sur le premier exemplaire... commande qu'il annulera finalement, davantage préoccupé par l'invasion russe en Afghanistan fin 1979.

Les sièges, développés eux aussi spécialement pour l'auto, l'ont été autour de la carrure généreuse de Keith Martin, l'ingénieur ayant succédé à Mike Loasby après son départ chez DMC. Le postulat était simple : si Keith Martin tient dans le siège, alors n'importe quel client tiendra également.

[Image: AMQ_G5A2134.jpg]

L'auto fait appel à des suspensions à double triangulation à l'avant, et à un plus classique pont De Dion à l'arrière, pour des raisons d'encombrement. Elle est mue par un moteur V8 bi-turbo (fournis par Garett) de 5,3 litres de cylindrée, développant initialement 700 chevaux, pour 677 Nm de couple :

[Image: AMQ_G5A2165.jpg]

Tout dans les choix techniques liés au moteur sera guidé par le souci de compacité. Cette puissance de 700 chevaux permettra à l'auto d'atteindre les 307 km/h, échouant de peu à remplir l'objectif assigné par Alan Curits de 320 km/h. Pour préserver la fiabilité, à l'issue des essais la puissance du moteur sera ramenée à 600 chevaux, par la baisse de la pression de suralimentation. A noter que, contrairement à nombre de concept-cars contemporains, la Bulldog est parfaitement roulable.

[Image: Aston-Martin-Bulldog-concept-car-2-785x523.jpeg]

L'auto embarqué, à l'arrière du bloc moteur, une roue de secours galette :

[Image: am_bul5.jpg]

Comble du détail, un support amovible masqué derrière le bouclier arrière permet, en cas de crevaison, d'accueillir la roue au pneu crevé. Parce que oui, la Bulldog ne propose aucun coffre à bagages !

Le cuir du volant, abîmé, n'est pas d'origine (de même que tous les cuirs beiges de l'auto) : il a été monté a posteriori par le second propriétaire (américain) de l'auto, qui n'aimait pas le cuir marron d'origine. L'auto a également été repeinte, voyant sa double teinte grise d'origine remplacée par la teinte verte actuelle.

[Image: AMQ_G5A2193.jpg]

D'origine, l'habitacle de la Bulldog ressemblait plutôt à ça :

[Image: Aston_Martin_Bulldog_Interior.jpg]

Comme toute Aston qui se respecte, à bord on retrouve du cuir Connolly à profusion, et de la moquette en laine de chez Wilton.

Aux côtés de la One 77, on se rend compte à quel point la Bulldog est plate comme une limande (haute de 1,07 mètre, soit pile la hauteur de sa sœur ennemie Countach) :

[Image: AMQ_G5A2073.jpg]

Avant l'apparition de la Valkyrie, la Bulldog était l'unique Aston Martin à moteur central arrière homologuée sur route. Paradoxalement, c'est le succès rencontré par la Lagonda, notamment au Moyen-Orient, qui aura raison de la Bulldog, la marque aux finances exsangues à l'époque ne pouvant assumer simultanément la production des 2 modèles. L'unique exemplaire finalement assemblé a été acheté par un prince saoudien pour £130000, couvrant pratiquement les frais de développement du modèle. Elle fut ensuite vendue à un américain, avant de retourner sur le sol britannique.

L'auto n'a pas tourné depuis plus de 10 ans, son propriétaire vient ainsi d'en confier la remise en route à Classic Motor Cars. La restauration devrait durer 18 mois. Le but ultime de cette restauration est double :
- remettre l'auto strictement en configuration d'origine (peinture de la carrosserie, cuir et moquette de l'habitacle, suppression des rétroviseurs extérieurs rapportés)
- surtout et enfin, plus de 40 après, la préparer mécaniquement pour lui permettre atteindre l'objectif fixé initialement pour ce modèle : rouler à 200 mph (322 km/h)

Affaire à suivre !

Pour finir, une présentation télévisée de l'auto diffusée en 1979, avec notamment l'interview de son designer William Towns :

Bike is right.
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#2
je me souvient parfaitement de cette "Super car" 

1979, j'avais 12-13 ans....  pleine époque ou je regardais - commençais  à aimer les bagnoles 

ce concept car me faisait rêver : 


porte papillon, les 300 km.h, le tableau de bord futuriste, les commandes au "plafond", etc etc  Love

j'en était tombé raide dinge de cette caisse  Ph34r


aujourd'hui, je la trouve d'un kitch  Porte
J'ai été militaire, Bar-man, membre du parti Socialiste, c'est dire que des conneries j'en ai entendu !
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#3
par contre, je ne savais pas pour les 25 ex de fabriqué,
j'étais resté sur l'idée d'un concept car "unique"
J'ai été militaire, Bar-man, membre du parti Socialiste, c'est dire que des conneries j'en ai entendu !
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#4
(08-07-2020, 11:34 AM)Tib a écrit : Il s'agit rien de moins que la première supercar de la marque, dévoilée sous forme d'un concept-car en 1979 et dont 25 exemplaires devaient être produits.

[...]

L'unique exemplaire finalement assemblé a été acheté par un prince saoudien pour £130000, couvrant pratiquement les frais de développement du modèle. Elle fut ensuite vendue à un américain, avant de retourner sur le sol britannique.
Bike is right.
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#5
"Malheureusement, le toit était quant à lui fixe, si bien qu'accéder aux sièges relevait d'une épreuve de contorsionisme (et pas que pour les juifs)"

Tib, victime d'un traducteur automatique ou tu as quelque chose à nous dire ??
Motard
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#6
ah, ok, merci TIB pas bien vu ta phrase

donc 1 ex unique


vraiment 700cv le truc ?? j'ai comme un doute
J'ai été militaire, Bar-man, membre du parti Socialiste, c'est dire que des conneries j'en ai entendu !
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#7
Non, juste le fait que je rédige mon message en jetant les idées, puis en revenant sur tel ou tel passage pour ajouter un détail, une anecdote, ou simplement modifier une formulation... force est de constater que là, je ne me suis pas relu !

En revanche, je ne fais jamais de copier / coller de traductions automatiques : je rédige par moi-même. Donc j'assume les fautes, elles viennent forcément de moi !
Bike is right.
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#8
(08-07-2020, 12:49 PM)Cat_Man a écrit : vraiment 700cv le truc ??  j'ai comme un doute

L'auto n'est jamais officiellement passée au banc, donc sa puissance est estimée :
- dans un premier temps, à 710 chevaux, lors de la campagne d'essais
- ensuite, entre 650 et 665 chevaux, après réduction de la pression de suralimentation intervenue avant la vente de la voiture
Bike is right.
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#9
Tib a écrit :Non, juste le fait que je rédige mon message en jetant les idées, puis en revenant sur tel ou tel passage pour ajouter un détail, une anecdote, ou simplement modifier une formulation... force est de constater que là, je ne me suis pas relu !

En revanche, je ne fais jamais de copier / coller de traductions automatiques : je rédige par moi-même. Donc j'assume les fautes, elles viennent forcément de moi !

Jap
C'était pas méchant, et j'apprécie vraiment tes posts sur des voitures méconnues. Chapeau si tu tapes toute la rédaction !
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#10
Je te connais certes peu, mais assez tout de même pour n'avoir lu dans ton message aucune forme de méchanceté.

Coucou

Merci pour le compliment !
Bike is right.
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#11
vu que Aston à cette époque n'était pas LE motoriste comme féfé ou porsche

sortir une telle puissance d'un V8 5.3L "basique", même avec 2 turbo ....

j'ai comme un doute

Fefé sortais 5 ans plus tard d'une V8 Bi turbo 32s (288 GTO) 400cv d'un 3.0L
J'ai été militaire, Bar-man, membre du parti Socialiste, c'est dire que des conneries j'en ai entendu !
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#12
sinon, un petit d'air de Lotus Esprit S1 tout de même
J'ai été militaire, Bar-man, membre du parti Socialiste, c'est dire que des conneries j'en ai entendu !
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#13
Merci pour ce poste @Tib , je me rappelais un peu de la Bulldog mais j'ai appris plein de choses à te lire
[Image: qdxg.jpg]

[font="Verdana]------ AUDI RS3 Berline 2017 ------------- LANCIA Delta Evo II 1996 -------------- CORVETTE C6 LS3 2008 - LAND ROVER Freelander TD4 2007

400 + 215 + 437 + 111 = 1160Cv / 480 + 314 + 575 + 260 = 1629 Nm ... Wawawoummmmmm[/font]
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#14
£130000 en 1979 ?
Ça fait moins de 700 k€ en 2020...c'est pas cher le développement d'une hypercar dans les 70's Huh
[Image: KxrXNtJ.png]  If everything feels under control you are just not driving fast enough.
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#15
(08-07-2020, 01:25 PM)Cat_Man a écrit : sortir une telle puissance d'un V8 5.3L "basique", même avec  2 turbo ....

Le moteur n'avait rien de basique pour l'époque : injection électronique Bosch, chemises de cylindres en aluminium... et l'auto a tout de même été chronométrée à 307 km/h.

[Image: Aston-Martin-Bulldog-concept-car-2020-Cl...0x1500.jpg]

D'après le site AstonMartins.com et contrairement à ce que j'ai écrit précédemment, le moteur aurait bien été mesuré à un peu plus de 700 chevaux au banc d'essai avant montage dans l'auto, dans sa première configuration.

Sur cette photo datant de février dernier, on distingue bien les hideux rétroviseurs extérieurs rajoutés par le propriétaire américain :

[Image: aston_martin_bulldog_002.jpg]

[Image: aston_martin_bulldog_003.jpg]

D'ailleurs, je m'aperçois également que l'essuie-glace d'origine a également été remplacé par un banal mono-bras dépourvu d'articulation :

[Image: aston_martin_bulldog_004.jpg]
Bike is right.
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Atteindre :